Localement c’est comme nationalement, tout est décidé par en haut, plus ou moins autoritairement. D’abord se confiner avec l’injonction de rester à la maison pour sauver des gens. Puis se déconfiner avec la consigne inverse de sortir pour aller travailler. Le pouvoir décide, veille et réprime à l’occasion. Mais toujours sans nous, sans la population juste bonne à obéir et à subir. 

A Bordeaux comme ailleurs donc les choses se font par en haut, sans jamais impliquer les habitant.e.s ou même si peu les réseaux associatifs dans les quartiers. Et en cela, au delà des moyens mis en oeuvre largement insuffisants, se pose le problème démocratique. 

Car pour faire face à une crise sanitaire et humanitaire de l’ampleur que l’on connait, la seule façon efficace serait que la population ait elle aussi les moyen d’agir collectivement, de mettre en pratique la solidarité et l’entre-aide envers celles et ceux qui sont le plus dans le besoin.

Mais à aucun moment il est fait appel à la volonté, à la disponibilité des populations ou alors de manière très limitée dans les plateformes de « volontaires ». Les pouvoirs locaux, la mairie de Bordeaux comme les collectivités territoriales, ne appuient pas sur les habitants, ne favorisent pas leur organisation, sauf dans quelques cas extrêmes comme le ravitaillements alimentaires auprès des squats, campements et des sans-abris globalement où ce sont des associations et collectifs qui gèrent depuis longtemps ce que la pouvoirs publics ont refusé de faire.

D’accord ce n’est pas une surprise. La société est fichue comme ça. Le pouvoir décide et impose à la place et souvent contre les populations. En effet, il ne faudrait quand même pas que les habitant.e.s aient un droit de contrôle, d’organisation et donc quelque part un petit pouvoir, ne serait-ce sur sa propre vie.

C’est un des gros problèmes qui nous est posé pour les semaines de déconfinement. Il sera crucial que nous puissions avoir un minimum de contrôle sur nos affaires, que nous puissions décider pour ne pas subir, que nous puissions gérer ce qui nous concerne, cela se nomme « l’autogestion ».

street art – “free speech”

C’est même facile d’imaginer en quoi la vie serait plus simple si dans les quartiers se mettaient en place des lieux de vie collective, gérés par les habitant.e.s, des lieux d’accueil, d’informations et d’organisation, par exemple des dispensaires médicaux pour les soins et l’aide psychologique en lien évidemment avec la médecine générale, des lieux de distributions de masques et de gels, des lieux d’entre-aides alimentaires et autres, des lieux de culture, tout cela pris en charge collectivement par les populations.

Cela pourrait se faire simplement en rapport avec les pouvoirs publics, avec la mairie, ce qui permettrait d’agir plus efficacement, sans oublier personne, sans que cela se fasse au détriment d’une partie de la population parce que cela serait pris en charge par en bas, par tout le monde.

C’est un des enjeux pour la suite. Une question de démocratie, de défense des droits de toutes et tous. Ce sera certainement une bataille à mener, juste pour faire respecter notre santé, nos vies, dans l’intérêt général.

Philippe Poutou, le 24 avril 2020.

Share This