Dans le top 10 des trucs que les français vont faire après le confinement, je lis sur Twitter : “Retourner chez le coiffeur”.

Et je flippe.

Lundi 11 mai je vais retourner travailler. Je suis en contrat pro dans une chaîne low cost de coiffure. Je gagne 800€ par mois, je travaille 37h/semaine, et pour accueillir la masse de clients qui va se bousculer à nos portes, je n’aurai comme protection qu’un masque en papier et du gel. Voià les seules mesures de protection prévues. “Relance économique” oblige, nos horaires vont être élargies.

Nos patrons sont confiants : “Nous avons un stock de masques pour 15 jours.” De quoi être rassurée.

Tous les jours, à 20h, j’entends les gens de mon quartier qui applaudissent les soignants aux fenêtres. Et je ne peux m’empêcher de me dire qu’encore une fois, ce sont les femmes, invisibilisées en temps normal, sous-payées, précarisées, qui se retrouvent en première ligne. Toujours sacrifiables, les infirmières avec les salaires parmi les plus bas d’Europe, les auxilières de vie payées comme nous au lance-pierre, et maintenant les coiffeuses, qui ne seront jamais à plus 30 cm de leurs clients.

Ces femmes qui travaillent en EPHAD et qui vont aux restos du coeur. Mes jeunes collègues apprenties avec leur salaire sous la barre des 600€. Ces femmes de ménages, qui se battent pour leur dignitée. Ou encore toutes ces “employées polyvalentes” des grandes surfaces, où “polyvalentes” signifie corvéable et à la merci du patron.

Toutes ces femmes, je les ai vue alimenter les ronds-points et les manifs de leur colère et de leur détermination. Et aujourd’hui, j’espère qu’à nouveau on prenne les choses en main.

Alice Rimsky.

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