36 maires (de LR, du PS) en place mais en ballottage, dont celui de Bordeaux, ont sorti ce dimanche une tribune pour réclamer la tenue du 2nd des municipales fin juin.

Pour eux, il est temps d’en finir avec une élection qui n’aurait que trop duré. Les arguments sont osés : il faut “déconfiner la démocratie” et débloquer une situation qui empêcherait les élus de diriger correctement leurs villes. Qu’une élection interrompue pose un problème démocratique, c’est une évidence. Qu’aujourd’hui, les maires en place, en sursis et dans l’attente d’une réélection potentielle, ne puissent pas mettre en oeuvre une politique notamment en réponse à la crise sanitaire, c’est beaucoup moins évident. En quoi un maire en place ne pourrait-il pas agir ? D’ailleurs Florian comme les autres n’ont-ils pas pris des décisions ? Ils ont pu gérer “leur ville” aussi peu démocratiquement que d’habitude, ne convoquant pas ou si peu le conseil municipal, faisant leurs choix sans risquer d’en être empêchés. Ils ont pu dire des choses tout en faisant le contraire. Ils ont même pu faire leur campagne sans jamais l’interrompre (voir le beau numéro spécial de «Sud-Ouest»). C’est tout l’avantage du gestionnaire en place, de celui qui est au pouvoir, ayant en main tous les moyens d’agir qui vont avec, l’argent (les caisses maire et candidat étant peu étanches) et les outils de communication ou de propagande. Et puis gérer pendant le confinement, pendant que quasiment toute la population est coincée à domicile, c’est encore plus facile, sans contrôle, sans contradiction, ou si peu.

Alors ces experts en manœuvres, l’équipe juppéiste, comme d’autres bien rodés aux méthodes de pouvoir, pensent que c’est le moment de faire le 2nd tour des élections. Ils sont prêts, préparés et pressés. Faire voter, vite, avant de pouvoir faire des bilans, sans prendre le temps de la réflexion. Enfin, autre avantage, les concurrents et opposants n’auraient pas forcément les mêmes moyens de faire campagne étant donnée la situation très particulière qui va durer au moins jusqu’à l’été, car nous sommes bien toujours en pleine crise sanitaire.

Pas fairplay du tout, l’équipe au pouvoir qui s’accroche à son pouvoir (depuis plus de 70 ans quand même !), se montre disposée à profiter de la moindre opportunité pour reprendre l’avantage, elle qui se sait en position de perdre.

De notre côté, nous ne savons pas s’il est raisonnable ou pas d’organiser l’élection en juin. Nous avons plutôt tendance à penser qu’il vaudrait mieux attendre septembre pour s’assurer que l’épidémie est derrière nous. Car franchement, nous n’avons pas clairement la tête à faire campagne maintenant. D’autant qu’il n’est pas possible de faire une vraie campagne de terrain, pas de réunions publiques, pas de distributions de tracts, pas de rassemblements… De toute façon, c’est le gouvernement qui prendra sa décision d’ici fin mai. Quoiqu’il en soit, nous serons là pour reprendre la bataille. Ce sera dans des conditions difficiles mais fondamentalement, les choses seraient-elles si différentes ? La crise sanitaire n’a fait que révéler encore plus brutalement l’incapacité de la société, de l’économie capitaliste et des gens aux pouvoirs, nationalement comme localement, à répondre aux urgences sociales. Hôpitaux saturés, absence de masques, de tests de dépistage, manque de personnel soignant, de médicaments, des milliers de personnes n’ayant pas accès aux soins, à l’hygiène, à l’alimentation…

C’est toute la violence d’un système, avec ses injustices, ses inégalités qui ont encore frappé.

Pour ces raisons, oui, nous aussi sommes pressés de faire ce second tour, pour refaire entendre notre révolte, pour que les choses changent, pour que le pouvoir change, pour que les richesses soient redistribuées, pour un accès gratuit aux choses essentielles de la vie, pour des services publics de proximité dans tous les quartiers, pour une démocratie directe avec une population qui a les moyens de décider de ce qui la concerne, pour qu’elle prenne ses affaire en mains.

Fondamentalement, rien ne pourra se faire de durable sans prendre appui sur un véritable débat démocratique qu’il semble très difficile d’organiser d’ici juin. Ce temps de débat et de transparence est une nécessité car il est trop facile d’instrumentaliser les inquiétudes suscitées par cette pandémie.

Donc pour nous, le plus raisonnable et souhaitable c’est un report de l’ensemble du processus électoral pour après l’été, en septembre.

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